Création 2012 | le Préau CDR de Basse-Normandie - Vire
Texte et mise en scène : Samuel Gallet | avec Aurélie Edeline, quatre adolescents des lycées de Vire et du Bocage et les musiciens Baptiste Tanné et Mélissa Acchiardi

Les enfants atomiques - dont l’adjectif fait référence tant à la menace de dissolution géopolitique qu’à l’intime d’une famille nucléaire (mère-père-enfant ) dont le noyau a explosé et dont les membres dès lors flottent déliés dans l’espace - évoquera la trajectoire et la confrontation de quatre jeunes gens venus d’horizons divers qui se rencontrent et vivent ensemble quelques mois dans une maison squattée sur les hauteurs d’une ville d’Europe qui pourrait être Barcelone, Berlin ou Rennes, Caen ou Lyon, Sarajevo ou Marseille, Budapest ou Varsovie, Paris ou Vire et qui sera peut-être toutes ces villes à la fois et en plusieurs langues. Ces quatre jeunes gens – chacun pris dans son histoire, ses rêves, sa fuite, sa quête - s’organisent, réparent, construisent la maison et se répartissent les tâches. Chaque semaine, ils organisent un cabaret intitulé Le Grand Opéra où à tour de rôle ils viennent raconter leur histoire, dire leurs sensations du monde, leur foi en une beauté, leurs rages et leurs révoltes. Le texte se construira ainsi en une alternance entre scènes de théâtre et moments de récitals poétiques .
EXTRAIT. -
MARINA. - Qui a de l'argent ? Qui a pris de l'argent à sa famille ?
BEN. - J'ai piqué cent euros dans le portefeuille de mon oncle.
MARINA. - Mets-les dans la boite collective.
BEN. - C'était dimanche dernier. On était au fromage. Mon père et mon oncle parlaient des élections/
CAROLE. - Dans la boite collective.
Ben sort l'argent de sa poche et va le mettre dans la petite boite en carton.
MARINA. - C'est la boite collective. L'argent qui est dedans c'est uniquement pour les besoins du groupe.
KANTOR. - Bon autant vous le dire tout de suite, je ne sais rien faire. Je sais pas allumer un feu, je sais pas bricoler, je sais pas faire marcher l'électricité, je sais pas réparer une voiture, je sais pas me battre, je sais pas voler dans les supermarchés et je n'aime pas beaucoup me salir.
MARINA. - T'as du fric ?
KANTOR. - Un peu.
MARINA. - Tu le mets ici.
KANTOR. - Je peux rien garder pour moi ?
MARINA. - Ici tout est à tout le monde.
KANTOR, fouillant dans ses poches. - Mince, j'ai dû le perdre quelque part.
BEN. - Arrête de mentir.
KANTOR. - Ah non voilà il était là.
Il sort un billet tout froissé et va le mettre dans la boite collective.
MARINA. - C'est comme vous voulez mais je vous préviens, quand ce sera la crise totale et absolue, quand y aura l'armée dans toutes les rues et que pour rentrer dans vos lycées, faudra passer par des détecteurs d'armes, quand y aura des massacres et des scènes de cannibalisme en plein jour à Paris Lyon Berlin Rome Madrid, quand les banques organiseront elles-mêmes la répression et extermineront les pauvres à bout portant, quand ce sera vraiment le chaos, faudra mieux ne pas être tout seul, être solidaire et bien organisé.
Ben et Kantor fouillent dans leurs poches et vont mettre encore un peu d'argent dans la boite collective.











