Alors que des mouvements de contestations politiques se multiplient dans une grande ville d’Europe, quatre jeunes gens investissent une maison en ruine. Chacun pris dans ses rêves, ils s’organisent, se répartissent les tâches, se confrontent, tentent d’inventer un avenir neuf. Jusqu’à ce que l’ancienne habitante – une marginale alcoolique – ne refasse surface. Dans Les Enfants atomiques, - dont l’adjectif fait référence tant à la menace de dissolution géopolitique qu’à l’intime d’une famille nucléaire (mère-père-enfant ) dont le noyau a explosé et dont les membres dès lors flottent déliés dans l’espace - nous souhaitons faire entendre la diversité des manières que nous avons pour nommer le réel et venir questionner ce que nous mettons en commun aujourd’hui en Europe au-delà d’un espace économique, quels imaginaires, quelles histoires, quelles nouvelles utopies, et affirmer par là que l’identité n’est jamais chose stable et figé, mais s’invente dans les mélanges et les rencontres, toujours en avant, toujours à naître.
EXTRAIT. -
MARINA. - Qui a de l'argent ? Qui a pris de l'argent à sa famille ?
BEN. - J'ai piqué cent euros dans le portefeuille de mon oncle.
MARINA. - Mets-les dans la boite collective.
BEN. - C'était dimanche dernier. On était au fromage. Mon père et mon oncle parlaient des élections/
CAROLE. - Dans la boite collective.
Ben sort l'argent de sa poche et va le mettre dans la petite boite en carton.
MARINA. - C'est la boite collective. L'argent qui est dedans c'est uniquement pour les besoins du groupe.
KANTOR. - Bon autant vous le dire tout de suite, je ne sais rien faire. Je sais pas allumer un feu, je sais pas bricoler, je sais pas faire marcher l'électricité, je sais pas réparer une voiture, je sais pas me battre, je sais pas voler dans les supermarchés et je n'aime pas beaucoup me salir.
MARINA. - T'as du fric ?
KANTOR. - Un peu.
MARINA. - Tu le mets ici.
KANTOR. - Je peux rien garder pour moi ?
MARINA. - Ici tout est à tout le monde.
KANTOR, fouillant dans ses poches. - Mince, j'ai dû le perdre quelque part.
BEN. - Arrête de mentir.
KANTOR. - Ah non voilà il était là.
Il sort un billet tout froissé et va le mettre dans la boite collective.
MARINA. - C'est comme vous voulez mais je vous préviens, quand ce sera la crise totale et absolue, quand y aura l'armée dans toutes les rues et que pour rentrer dans vos lycées, faudra passer par des détecteurs d'armes, quand y aura des massacres et des scènes de cannibalisme en plein jour à Paris Lyon Berlin Rome Madrid, quand les banques organiseront elles-mêmes la répression et extermineront les pauvres à bout portant, quand ce sera vraiment le chaos, faudra mieux ne pas être tout seul, être solidaire et bien organisé.
Ben et Kantor fouillent dans leurs poches et vont mettre encore un peu d'argent dans la boite collective.












